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Dix-septième roman publié chez Albin Michel, sorti le 28 août 2008.

180 pages
« Il y a un instant , entre la 15ème et la 16eme gorgée de champagne où tout homme est un aristocrate »

Sorti en poche en mai 2010.

Amélie, reine de la promotion
La dame en noir a largement préféré se balader sur la bande FM. Quelques pélerinages ne font pas défaut encore une fois cette année (Le grand journal, Le fou du roi et Le jeu des dictionnaires…). Moins de télé donc – on se serait bien passé de l’apparition dans Vendredi si ça me dit -, mais Amélie a encore une fois baptisé une nouvelle production – que nous souhaitons souligner étant donné sa qualité: La grande librarie!
Autre support, l’auteure a été présente à de multiples reprises dans la presse comme chaque année , au moins une critique dans les principaux quotidiens. Mais cette année, Amélie a coiffé tout le monde au poteau: faire la couverture de Madame Figaro. On pourrait se dire: rien d’extraordinaire à ça… C’est donc que vous n’avez pas vu la couverture: Amélie en dompteuse gothique…

La Nothomb est de retour!
Après les nombreuses inquiétudes de nombreux lecteurs, et surtout des critiques, devenues acerbes, l’année dernière, Ni d’Eve ni d’Adam avait déjà calmé les esprits. Ici, s’il ne s’agit pas de la troisième vie d’Amélie Nothomb au Japon, entendez par là qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie, mais l’auteure d’antan est de retour.
Certes la longueur pose toujours problème à certains, la romancière ne reste pas traîner, depuis dix-sept ans, il serait temps d’y être habitué, mais l’intrigue retrouve du volume. L’histoire tient debout – après tout, les autres aussi – mais on passe un bon moment avec Olaf et sa bourgeoise, après que, mine de rien, on était un peu inquiet d’avoir perdu notre Amélie quelque part entre l’acide et les hirondelles…

***

Le joli petit monde d’Amélie Nothomb
Éric Neuhoff, pour Madame Figaro
Un inconnu sonne chez vous, demande à téléphoner et tombe raide mort, le combiné à la main. L’idée vous vient soudain de prendre l’identité du défunt. Voilà le point de départ du Fait du prince, qui est drôle, brillant, mélancolique, profond. Il y a du champagne, une histoire d’amour, une vie qui recommence de zéro. Amélie Nothomb a réussi son Profession : reporter. Rencontre dans son bureau, où règne un désordre à la fois contrôlé et farfelu. Comme elle.

Avez-vous déjà rêvé, comme votre narrateur, de prendre la place de quelqu’un ?
Oui, et surtout d’inconnus complets, jamais de quelqu’un de déterminé. Quand c’est une personne qu’on connaît ou qui est célèbre, ça n’est pas tentant du tout, même les gens du passé. Quand on me demande : « Quel personnage historique auriez-vous voulu être ? » je réponds : « Personne ! » Le rêve, c’est de devenir quelqu’un qu’on ne connaît absolument pas et de pouvoir tout recommencer.

Il y a des gens qui se prennent pour Amélie Nothomb ?
Oui, beaucoup. D’après ce que j’ai pu comprendre, Internet favorise le phénomène. Moi, je n’ai pas Internet, à dessein, mais j’ai entendu parler d’un grand nombre d’Amélie Nothomb qui se baladent sur la Toile. Certaines sont probablement des hommes, et toutes, apparemment, sont sérieusement perverses et givrées. Contrairement à l’original… (Rires.)

Un imposteur se faisait passer pour Graham Greene dans le monde entier. Celui-ci le savait et laissait faire.
C’est extra. Mais tout dépend de la nature de votre double. Si l’autre est quelqu’un de tout à fait marrant, pourquoi pas ? Ça fait penser au film sur Kubrick. Là, le fou est génial. S’il s’agit d’escrocs peu intéressants, c’est assez vexant.

Vous avez déjà rencontré quelqu’un comme ça ?
Il y en a qui se déguisent en moi, mais ils sont lucides, ils savent qu’ils ne sont pas moi. Je suppose qu’il en existe de pas lucides, mais je ne les ai pas rencontrés.
L’idée du livre est venue comment ?
C’est mon fantasme. Devenir quelqu’un dont on ne sait rien et dont, après un pari complètement absurde, on choisit d’endosser le destin, à charge pour soi de découvrir quel était ce destin et de l’accepter ou de le changer.

Vous écrivez : « Passé l’âge de vingt-cinq ans, toute rencontre humaine est une répétition. »
J’ai connu quelques exceptions, mais pas des masses. Soudain, les gens m’ont paru un peu moins neufs.

« On n’est jamais déçu quand on parle de la mort. »
C’est un très, très bon sujet de conversation et un sujet de roman inépuisable, la fameuse frontière à partir de laquelle on peut avoir tous les délires qu’on veut. La vie ? Mon personnage endosse une vie dont il ne sait pas si elle sera passionnante ou non, mais qui lui plaît, rien que parce qu’elle n’est pas encore balisée et qu’il peut l’inventer. La vie, c’est chouette aussi longtemps qu’on n’a pas installé sa prison.

Être Amélie Nothomb, ça doit être une prison agréable…
Vu de l’extérieur, je comprends que ça ait l’air d’une prison dorée. C’est moi qui ai construit les barreaux ! Et puis je suis romancière, ce qui permet toutes les évasions.

Dans le livre, on boit beaucoup de champagne, de grands crus…
C’est une vraie passion. Je ne vais pas dire que je m’y connais, ce serait très exagéré. Ce qui est certain, c’est que j’aime en boire. Je n’en bois pas tous les jours de ma vie, mais quand je m’y mets, je m’y mets. J’écris souvent un roman comme j’écris ma liste de courses. J’imagine ce que j’aimerais recevoir des lecteurs l’année suivante. Là, ça me semble très clair.

« Il y a un instant entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne où tout homme est un aristocrate. »
Ça, c’est du vécu. De l’intérieur. Tout d’un coup, on a l’impression : ça y est, j’ai des pensées d’une très grande noblesse. Malheureusement, on boit deux gorgées de plus et c’est foutu. Le reste du temps, on fait ce qu’on peut.

« J’ai horreur des villas. »
C’est tout à fait vrai. Il y a toute une tirade là-dessus. Je suis toujours épatée par les gens qui ont des villas et qui sont très fiers de vivre dans ce genre d’habitation, ce qui personnellement me donnerait envie de dégueuler. Pour moi, ce sont des maisons faites plus pour séduire les autres que pour se séduire soi-même, pour prouver à tout le monde combien on est acceptable, combien on est une réalité observable et parfaite à toute heure de la journée. C’est la vision même du mauvais goût. C’est neuf, c’est sans mystère, c’est bêtement confortable.

Vous n’avez pas l’air d’aimer Versailles…
Je n’y suis jamais allée. C’était un des paris de mon livre. Moi qui connais très bien des endroits exotiques comme le Japon, j’ai décidé cette fois de parler de lieux que je ne connais absolument pas, comme Versailles ou la Suède.

Vous citez le roman Miel de bourdon, de Torgny Lindgren.
J’adore ce bouquin. Je vous le recommande. C’est extraordinaire, très drôle, très pervers. Tout ce que je cite dans le livre existe, y compris les artistes contemporains comme Patrick Guns. Il y a un point commun entre lui et moi, c’est qu’il est belge, et c’est vrai que les Belges ont des idées tordues.

« Dormir n’importe quand est encore meilleur que manger entre les repas. »
On voit bien que c’est le fantasme d’une personne qui ne dort pas assez, ce qui est mon cas. J’ai beaucoup d’autres fantasmes, je vous rassure. Il y en a un que j’ai à toute heure du jour et de la nuit, c’est de dormir. Là, il suffirait que je me couche, et j’ai ce trésor de sommeil en moi qui peut me prendre n’importe où. J’ai un coussin et dans ce sac orange une couverture. Deux personnes m’ont déjà trouvée par terre dans ce bureau en train de faire la sieste.

Il est pas mal question de nourriture.
C’est la première fois que mon héros cuisine. Pour moi, c’est le sommet de la science-fiction. Quand je cuisine, il s’ensuit toujours un désastre planétaire. Dans le livre, il y a deux scènes de science-fiction totale : le héros cuisine, chose qui ne m’arrive jamais, et il conduit, moi qui ai toujours échoué au permis.

Vous n’avez pas de Jaguar, alors ?
Bah non.

Pas de chat Biscuit non plus ?
J’ai essayé la cohabitation avec quelques chats. Ça n’allait pas. Cette manière d’exiger à manger, je ne pouvais pas. J’ai fini par les offrir. Il y en a eu un, oui, qui s’appelait Biscuit. Je l’ai légué. Il est très heureux là où il est.

Et les recettes que vous donnez ?
J’ai regardé faire. La seule chose que je réussisse, c’est le fameux sandwich au cresson. Le cresson est très dangereux, c’est tout l’attrait. Vous voyez, on apprend des choses très intéressantes en me lisant. Il y a des plats-roulette russe, comme ça. Le fugu, ce poisson japonais. On peut mourir en le mangeant.

Les Beatles, Depeche Mode, Smashing Pumpkins, Muse : c’est ce que vous écoutez ?
C’est une partie de mes goûts, un peu comme un résumé temporel : ce que j’écoutais à 10 ans, à 20 ans, etc.

Vous écoutez de la musique en écrivant ?
Surtout pas. Là, c’est ma musique à moi. Ça n’est peut-être pas de la grande musique, mais c’est celle que je fais. Alors, surtout pas d’interférence. En revanche, j’ai besoin de beaucoup de thé. Mais je peux écrire dans le train, dans le bus. La belle musique me dérange.

Vous citez Blake et Mortimer.
Mais c’est toute mon enfance ! La filière belge, bien sûr. Dans le livre, on peut sentir que le héros a sûrement un passé un peu belge.

« Je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai plus mis les pieds dans un musée. »
Ça, c’était mon état il y a quelques années. Jusqu’à il y a cinq ans environ, je ne pouvais plus aller dans un musée. J’ai eu une longue période de dégoût. C’est la partie de mon éducation la plus ratée. Quand j’étais petite, mes parents m’y emmenaient très souvent. Ils attendaient de moi certaines réactions, et je ne ressentais rien. C’était abominable. Et puis, grâce à certaines relations, je m’y suis remise, j’ai réappris à aller au musée. L’exposition au palais de Tokyo que je cite, je l’ai vue vraiment et ça m’a fait un effet fou. Je suis en voie de guérison de ce côté-là.

Il y a une référence à Bukowski.
J’adore. Et j’admire qu’on puisse écrire en état d’ébriété. J’ai plusieurs fois essayé : ça donne n’importe quoi, des phrases complètement bidon. On ne comprend pas du tout ce qu’on a voulu dire. Mais pouvoir tirer de si belles choses de son ivresse, bravo !

Cette passion du personnage pour la Suède, c’est pour avoir le Nobel ?
Mon premier personnage était un écrivain qui avait eu le Nobel et c’était un être tellement infâme qu’à mon avis le Nobel, c’est râpé pour toujours.

Aux ronds-points, le héros suit le panneau « Autres directions ».
Je pense que si je savais conduire, ce serait mon fantasme : rouler et suivre toujours la flèche « Autres directions ». D’ailleurs, ça pourrait être ma devise dans la vie.

Si, comme dans le livre, vous deviez choisir votre dernier repas avant de mourir ?
Une assiette de truffes blanches émincées avec un tout petit peu de gros sel. Ça vaudrait le coup de mourir, non ? Il ne me reste plus qu’à être condamnée à mort.

***

Ventes
Comme à l’accoutumée, Amélie Nothomb entre en tête du classement des meilleures ventes, et y reste très longtemps. La promotion assurée par l’auteure n’y est pas pour rien, tout comme les critiques, assez bonnes en général. Des ventes importantes, mais également une sorte d’engouement…

Couverture
Cette année, Papi Albin n’a pas voulu que la couverture soit dévoilée avant la date de publication – mais nous avons réussi à déjouer ses plans (il court moins vite chaque année…) -, il s’agit d’une seconde couverture souple recouvrant la totalité de l’ouvrage, où figure une photographie de Pierre & Gilles. Cette dernière représente Amélie, priant, les mains ensanglantées, la nuit.

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